Jacquemus ou l’élégance de l’héritage
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    Jacquemus ou l’élégance de l’héritage

    Une campagne de mode m’a arrêté. Pas pour les vêtements. Pour ce qu’elle dit sur le temps, la mémoire, et la manière de transmettre ce qui compte.

    3 septembre 2025·4 min de lectureDesignCultureHéritageRéhabilitation

    Je n’avais jamais vraiment pris le temps de m’intéresser à Jacquemus. Trop médiatique, trop « tendance ». Et puis ce n’est pas vraiment mon domaine. Mais je suis tombé sur cette campagne — et quelque chose m’a arrêté.

    Des photos simples, bouleversantes. Une série qui ne cherche pas à séduire mais à transmettre. Simon Porte Jacquemus n’a pas simplement shooté une collection. Il a ravivé la mémoire. Il a mis en scène l’intime.

    Un aller-retour entre deux époques

    Chaque cliché est un écho. Un intrigant aller-retour entre son passé et notre présent. Des scènes de famille presque reproduites à l’identique : mêmes poses, mêmes regards, mêmes gestes. Mais aussi quelques subtiles absences. La benne qui a disparu. Les troncs d’arbres métamorphosés. Une manière douce d’écrire ce qui manque, ce qui reste.

    Tout est là : les détails, les plaques d’immatriculation, les matières, le grain des images. Le stylisme est précis, mais jamais froid. Il y a une pudeur dans la mise en scène, comme un fils qui rend hommage sans vouloir trahir.

    Ce que Jacquemus raconte ici, ce n’est pas seulement la mode. C’est l’héritage. Ce qu’on garde, ce qu’on transforme, ce qu’on transmet.

    Ce que l’architecture apprend de cette pudeur

    À l’heure où tout va vite, où l’on crée pour performer, voilà une œuvre qui met sur pause. Qui appelle la nostalgie sans y rester prisonnière.

    En architecture, c’est ce qu’on cherche quand on réhabilite. Ne pas effacer. Ne pas figer. Révéler ce qui a du sens. Laisser une trace dans la continuité. Donner au passé les moyens de dialoguer avec l’avenir.

    L’élégance de l’héritage, c’est peut-être ça : ne pas reproduire à l’identique, mais prolonger avec justesse.

    Ludovic Martial

    Architecte · Planet Studio — Anduze & Challans