
Regards
Wright voulait ouvrir la maison sur le monde. Loos voulait la protéger. Un siècle plus tard, le télétravail a relance le débat — et peut-être tranché.
Nous sommes au début du XXe siècle. Deux architectes, deux continents, deux visions de la maison que tout oppose.
Loos, architecte autrichien, défend les espaces séparés. Chaque fonction a sa pièce. Chaque pièce a son seuil. Il invente le Raumplan : une composition millimétrée des volumes, par niveaux, par usages, par intimité.
« Un salon n’est pas une chambre, une chambre n’est pas une salle à manger. L’habitation est un organe. »
— Adolf Loos
Wright, américain, pense l’espace comme un tout fluide. Il ouvre la maison sur son environnement, fait tomber les murs intérieurs, fusionne séjour, cuisine, bibliothèque. La nature entre.
« L’espace est le souffle de l’architecture. »
— Frank Lloyd Wright
D’un côté, l’Europe qui cloisonne, hiérarchise, protège. De l’autre, le Nouveau Monde qui décloisonne, connecte, respire. Est-ce un hasard si Wright est devenu un nom du grand public, et Loos un nom d’architectes ? Et pourtant, c’est Loos qui a inspiré Le Corbusier et Mies van der Rohe.
Le plan ouvert semble avoir gagné la bataille. Mais à quel prix ? Dans un monde bruyant, anxiogène, connecté en permanence, on redemande du calme, du seuil, du refuge. La cuisine ouverte devient source de stress. Le télétravail relance le besoin d’une pièce à soi.
Dans chaque projet, nous reposons cette question aux habitants : de quoi avez-vous besoin — de fluidité ou d’intimité ? La réponse n’est jamais l’une, jamais l’autre. C’est toujours les deux, dans des proportions qui leur ressemblent.
La meilleure maison n’est ni celle de Wright ni celle de Loos. C’est celle qui vous ressemble.
Ludovic Martial
Architecte · Planet Studio — Anduze & Challans